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Notaire libéral : structurer la transmission de son office sans oublier son patrimoine privé

Un notaire titulaire qui prépare la cession de son office sans avoir structuré son patrimoine privé en parallèle se retrouve avec un capital de cession à placer dans l'urgence, à un âge où les enveloppes les plus rentables exigent une antériorité fiscale de huit ans déjà passée. La structuration des deux patrimoines, professionnel et privé, doit être conduite simultanément sur dix à quinze ans, pas séquentiellement.

Le notaire sait transmettre. Toute sa journée professionnelle consiste à rédiger des donations, des partages, des clauses bénéficiaires et des actes de cession pour ses clients. Le paradoxe, c'est que cette compétence quotidienne ne se transpose pas mécaniquement à sa propre situation. Le notaire titulaire qui maîtrise le démembrement, le pacte Dutreil et la clause bénéficiaire pour ses clients néglige fréquemment de structurer son propre patrimoine privé en parallèle de la valorisation de son office.

Cet article s'adresse aux notaires libéraux titulaires d'office, exerçant en exercice individuel BNC, en SCP ou en SEL (SELARL, SELAS), avec une rémunération nette annuelle comprise entre 200 000 et 600 000 euros, qui n'ont pas encore articulé la stratégie de transmission de leur office avec la structuration de leur patrimoine privé. La réforme SEL de 2024 (rescrit BOI-RES-BNC-000136 du 24 avril 2024), le décret n° 2024-873 du 14 août 2024 qui refonde le cadre d'exercice en société, la dualité de taux des prélèvements sociaux issue de la LFSS 2026, et le durcissement de l'apport-cession article 150-0 B ter par la LFI 2026 ont redessiné les arbitrages.

La concentration patrimoniale sur l'office, sans diversification suffisante en patrimoine privé, expose le notaire à deux risques : une perte annuelle de capitalisation entre 10 000 et 40 000 euros sur la durée résiduelle de carrière, et une concentration sectorielle qui se révèle au moment de la cession, lorsqu'il faut placer dans l'urgence un capital qui n'a pas pris date dans les bonnes enveloppes. Cet article identifie les leviers principaux par stade de carrière, chiffre le coût d'inaction et précise les conditions d'éligibilité de chaque dispositif.

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1. Le profil patrimonial du notaire titulaire : trois spécificités structurantes

1.1 Un revenu encadré par tarif réglementé

Le notaire ne fixe pas librement le prix de ses prestations principales. Ses émoluments sont déterminés par un tarif réglementé fixé par arrêté conjoint du Garde des Sceaux et du ministre de l'Économie, prorogé par l'arrêté du 28 février 2024 pour la période 1er mars 2024 au 28 février 2026, et susceptible d'être révisé tous les deux ans. Le Code de commerce prévoit une révision au moins quinquennale.

Cette particularité a deux conséquences directes pour la stratégie patrimoniale. Premièrement, le revenu unitaire par acte n'est pas un levier d'optimisation : seul le volume d'actes traités, la spécialisation et la structure de coûts de l'office déterminent le résultat net. Deuxièmement, la valeur de l'office et de ses parts résulte d'une combinaison de la rentabilité régulée, de la zone d'installation et de la qualité de la clientèle constituée. Les offices spécialisés en droit patrimonial des grandes fortunes ou implantés dans les zones d'activité immobilière intense atteignent des résultats nets très élevés, mais cette rentabilité reste adossée à un tarif administré.

1.2 Le double régime CNAVPL et CPRN, avec un plafonnement intrinsèque

Le notaire libéral relève de deux régimes obligatoires distincts. Le régime de base est géré par la Caisse Nationale d'Assurance Vieillesse des Professions Libérales (CNAVPL) selon un système de points, sur deux tranches de revenu professionnel (jusqu'à 1 PASS puis jusqu'à 5 PASS, le PASS s'élevant à 48 060 euros en 2026). Le régime complémentaire, géré par la Caisse de Prévoyance et de Retraite des Notaires (CPRN), est structuré en deux sections obligatoires aux logiques radicalement différentes.

La section B est forfaitaire et répartie en 8 classes selon la moyenne triennale des produits de l'office, allant de 10 points par an pour la classe 1 à 80 points pour la classe 8 ; le point B vaut 17,7710 euros en 2026. La section C est proportionnelle, calculée à 4,10 % de la moyenne triennale des produits de base de l'office, prorata des parts pour les associés ; le point C vaut 0,9422 euro en 2026. Une cotisation forfaitaire invalidité-décès s'ajoute aux cotisations retraite.

Cette architecture en sections pénalise les notaires titulaires d'offices à fort résultat de manière mécanique : la cotisation augmente avec les produits de l'étude, mais la pension de section B reste plafonnée à la classe 8 et celle de section C présente un rendement actuariel décroissant à mesure que les produits dépassent la moyenne nationale. La constitution d'un complément de retraite par capitalisation privée n'est donc pas seulement souhaitable : elle compense un effet de plafonnement intrinsèque au régime CPRN.

La loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 a suspendu temporairement le calendrier de relèvement de l'âge légal prévu par la réforme de 2023 : l'âge légal demeure à 62 ans et 9 mois pour les générations 1963 à mars 1965. La retraite complémentaire CPRN est versée à taux plein à 67 ans, avec minoration de 1,25 % par trimestre d'anticipation. Pour percevoir sa retraite complémentaire CPRN, le notaire libéral titulaire doit avoir cessé son activité, cessation publiée au Journal officiel.

1.3 La cession d'office : un calendrier réglementaire de 12 à 18 mois subi

À la différence d'un cabinet d'avocat ou d'un cabinet médical, l'office notarial n'est pas un actif marchand de droit commun. Le notaire est officier public ministériel : sa nomination relève du Garde des Sceaux, et tout candidat à la reprise doit être agréé par la Chancellerie. La cession prend la forme d'une présentation de successeur, soumise à un calendrier réglementaire (publication, délais d'opposition, instruction par la Chancellerie) qui s'étale couramment sur 12 à 18 mois.

Cette particularité conditionne la stratégie patrimoniale de manière structurelle. La valeur de l'office est un actif central du patrimoine professionnel, mais sa liquidité est strictement encadrée et son calendrier de cession est subi, non choisi. Le notaire qui souhaite cesser à 67 ans doit avoir engagé la procédure de présentation au plus tard à 65 ans et demi. Toute stratégie patrimoniale qui ignore ce délai expose le titulaire à un report de cessation contraint, avec des conséquences directes sur l'enveloppe retraite et sur la fiscalité de la plus-value.

1.4 La fiscalité post-bascule BNC 2024 : un risque social spécifique

Le notaire en exercice individuel relève du régime BNC, en déclaration contrôlée pour les revenus dépassant 77 700 euros. Pour les notaires associés de SEL relevant de l'IS, le rescrit BOI-RES-BNC-000136 du 24 avril 2024 a confirmé que les rémunérations techniques perçues à compter du 1er janvier 2024 sont imposables en BNC, sauf lien de subordination caractérisé. La rémunération du mandat social demeure imposée selon la forme sociale (article 62 du CGI pour le gérant majoritaire de SELARL, traitements et salaires pour le président de SELAS).

Pour le notaire, cette bascule se double d'une difficulté propre à la profession : la part technique étant calculée à partir des produits de l'office, et les produits étant eux-mêmes encadrés par le tarif réglementé, la latitude de ventilation entre rémunération technique et rémunération de gérance est plus étroite que dans une SELAS d'avocat d'affaires où la facturation est libre.

2. Le coût d'inaction : ce que vous laissez à chaque étape de carrière manquée

Le notaire titulaire n'a pas un coût d'inaction homogène sur sa carrière, il a quatre fenêtres patrimoniales successives, chacune avec ses leviers et son ordre de grandeur de perte. Les chiffrages ci-dessous sont indicatifs, calculés sur des hypothèses moyennes, et ne se substituent pas à un audit personnalisé.

2.1 Profil A : notaire jeune installé, 30 à 40 ans, rémunération 150 000 à 250 000 euros

À ce stade, l'office est en phase de constitution de clientèle et de stabilisation du chiffre d'affaires. La trésorerie disponible reste limitée par les remboursements d'emprunt liés à l'installation (acquisition de parts d'office, financement de la valeur du fonds, équipement). Le levier principal n'est pas la fiscalité immédiate, c'est la prise de date sur des enveloppes long terme.

L'ouverture d'un contrat d'assurance-vie bien positionné, et idéalement d'un contrat luxembourgeois multi-devises pour préparer une éventuelle mobilité ultérieure, prépare l'antériorité fiscale de huit ans qui ouvrira l'abattement de 4 600 ou 9 200 euros sur les rachats. Ne pas ouvrir d'enveloppe long terme à ce stade coûte en années de capitalisation perdues, en années d'antériorité non prises, et en optionnalité future fermée. La perte annuelle de capitalisation se situe entre 4 000 et 12 000 euros.

2.2 Profil B : notaire titulaire en milieu de carrière, 40 à 55 ans, rémunération 250 000 à 450 000 euros

C'est la fenêtre la plus rentable de la carrière. La TMI est à 41 ou 45 %, le PER TNS produit son effet maximal, l'arbitrage rémunération/dividendes en SEL devient significatif si la structure le permet, et la SPFPL commence à se justifier économiquement dans le nouveau cadre du décret 2024-873.

Une absence de structuration à ce stade génère une perte annuelle de l'ordre de 15 000 à 35 000 euros pour un titulaire à 300 000 euros de revenu net : PER TNS sous-utilisé (économie d'impôt non captée à 41 ou 45 %), arbitrage SEL/SCP non revu post-réforme 2024, capacité d'épargne mensuelle non orientée vers une enveloppe long terme structurée, sur-concentration sur l'office et l'immobilier. Sur quinze ans, le différentiel cumulé peut représenter plusieurs centaines de milliers d'euros de patrimoine privé non constitué.

2.3 Profil C : notaire senior, 55 à 65 ans, rémunération supérieure à 350 000 euros

À ce stade, les revenus sont à leur maximum et la fenêtre patrimoniale dominante n'est plus l'optimisation annuelle, c'est la préparation conjointe de la cession de l'office et de la transmission du patrimoine privé. La SPFPL doit être en place, l'allocation patrimoniale doit être structurée pour accueillir le produit de cession à venir, et le pacte Dutreil ou l'apport-cession doivent être préparés cinq à sept ans avant la cession.

L'absence de cette préparation peut coûter, au moment de la cession, plusieurs centaines de milliers d'euros, voire millions, en fiscalité non optimisée : plus-values professionnelles non exonérées au titre des articles 151 septies A ou 238 quindecies, apport-cession non utilisable parce que les conditions de remploi durcies par la LFI 2026 ne sont pas tenables sans préparation, pacte Dutreil non éligible parce que l'activité opérationnelle de la SPFPL n'est pas caractérisée, capital de cession placé dans l'urgence sur des contrats sans antériorité.

2.4 Profil D : notaire en préparation de cession, 65 ans et plus

À ce stade, la fenêtre s'est partiellement refermée pour les leviers d'optimisation lourds. Le calendrier de 12 à 18 mois de la présentation du successeur doit déjà être engagé. La structuration tardive peut encore optimiser la fiscalité de la cession via le choix entre régimes d'exonération (151 septies A, 238 quindecies, apport-cession 150-0 B ter selon la structure de détention) et la transmission via la clause bénéficiaire et les donations en nue-propriété. Mais elle ne rattrape ni l'antériorité fiscale, ni les années de capitalisation, ni l'éligibilité au pacte Dutreil sans préparation suffisante.

Synthèse

Profil Stade de carrière Rémunération annuelle Levier principal Ordre de grandeur de la perte annuelle
Notaire jeune installé 30 à 40 ans 150 000 à 250 000 € Prise de date assurance-vie + amorçage PER TNS 4 000 à 12 000 €
Notaire titulaire en milieu de carrière 40 à 55 ans 250 000 à 450 000 € PER TNS + arbitrage SEL/SCP + SPFPL post-décret 2024 15 000 à 35 000 €
Notaire senior 55 à 65 ans 350 000 € et plus Préparation cession + apport-cession + pacte Dutreil + clause bénéficiaire 35 000 à 100 000 € et plus
Notaire en préparation de cession 65 ans et plus Variable Choix régime exonération + transmission patrimoine privé Fenêtre largement refermée

La règle générale du calendrier patrimonial du notaire est simple : la structuration de l'office et celle du patrimoine privé doivent être conduites simultanément. Préparer sa cession à 60 ans sans avoir structuré son patrimoine privé revient à placer un capital de cession à un âge où les enveloppes les plus rentables exigent une antériorité fiscale que le notaire n'a plus le temps de constituer.

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3. Structurer l'exercice : SCP, SEL et SPFPL après la réforme 2024

3.1 SCP ou SEL : un arbitrage à reprendre profession par profession

La société civile professionnelle a longtemps été le format dominant du notariat, à la différence du barreau où la SEL s'est imposée plus tôt. Plusieurs raisons à cela : le tarif réglementé limitait l'intérêt de l'IS dans les premières années d'exercice, les SCP offraient une transparence fiscale appréciée des associés modestes, et la culture professionnelle valorisait l'unité capital-exercice.

La SCP est par défaut soumise à l'impôt sur le revenu : chaque associé est imposé sur sa quote-part de bénéfice en BNC. La SCP peut opter pour l'impôt sur les sociétés, option irrévocable au-delà de cinq ans. La SEL à l'IS permet de différer l'imposition d'une partie du résultat non distribuée et d'accumuler des réserves taxées à 15 % jusqu'à 42 500 euros de bénéfice puis 25 % au-delà, taux inférieur au taux marginal d'IR du notaire titulaire d'office classe 6, 7 ou 8.

La bascule BNC 2024 nuance toutefois l'arbitrage : la rémunération technique étant désormais imposée en BNC dans tous les cas pour les associés de SEL, la SEL ne permet plus de bénéficier de l'abattement forfaitaire de 10 % pour frais professionnels sur cette part. La décision SCP ou SEL doit donc être réévaluée au cas par cas, en intégrant le calibrage des frais réels déductibles sur la déclaration 2035, l'horizon de cession et la stratégie de transmission familiale.

3.2 La SPFPL après le décret 2024-873

L'ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023 a posé le cadre commun aux professions libérales réglementées, et le décret n° 2024-873 du 14 août 2024 régit l'exercice en société du notariat depuis le 1er septembre 2024. Trois apports sont structurants pour le titulaire.

Premièrement, une SPFPL peut désormais détenir la totalité du capital social et des droits de vote d'une SEL notariale, alors que le régime antérieur imposait une détention directe minimale par les notaires exerçants. Deuxièmement, le périmètre des SPFPL est étendu : elles peuvent détenir et gérer des biens immobiliers ou des parts de sociétés civiles ou commerciales destinés exclusivement au fonctionnement des SEL filiales, ce qui permet de loger les murs de l'office et les véhicules de portage immobilier connexes dans une seule structure. Troisièmement, la transparence est renforcée avec une remontée d'informations annuelle vers le Conseil Supérieur du Notariat via la téléprocédure decla-csn.

La SPFPL devient depuis cette réforme l'instrument central de structuration patrimoniale du notaire titulaire. Elle permet de détenir indirectement les parts de SEL et de bénéficier des mécanismes propres aux holdings : régime mère-fille (exonération à 95 % des dividendes remontés de la SEL à la SPFPL, sous conditions de l'article 145 du CGI), financement de l'acquisition de nouvelles parts de SEL par effet de levier, préparation de la transmission familiale lorsqu'un enfant notaire est candidat à la succession.

Une réserve d'architecture mérite une attention particulière, car elle est propre à la profession. Une SPFPL ne peut être détenue que par des associés personnes physiques ou morales exerçant une profession juridique ou judiciaire, et non par une autre SPFPL ou une holding privée banalisée. En pratique, les offices structurés privilégient une SPFPL personnelle par associé, détenant elle-même les parts de la SEL d'exercice, ce qui sécurise les sorties d'associés et la transmission individuelle.

4. Le PER TNS : un levier calibré pour les classes 6 à 8 de la CPRN

4.1 Un avantage fiscal proportionnel à la classe CPRN

Le plan d'épargne retraite des travailleurs non salariés, issu de la loi PACTE de 2019, permet au notaire libéral de déduire ses versements de son revenu imposable, dans la limite d'un plafond annuel calculé sur le bénéfice professionnel. Le plafond est égal à 10 % du bénéfice imposable de l'année (dans la limite de 8 PASS), majoré de 15 % de la fraction du bénéfice comprise entre 1 et 8 PASS.

Pour un notaire titulaire d'office classe 6 à 8, dont la TMI atteint 41 % ou 45 %, ce plafond peut représenter plusieurs dizaines de milliers d'euros déductibles. L'économie d'impôt à l'entrée est récupérée à la sortie sous forme d'imposition du capital ou de la rente. L'arbitrage devient favorable si la TMI anticipée à la retraite est inférieure à la TMI actuelle, ce qui est statistiquement le cas après cessation pour la grande majorité des notaires titulaires d'offices à fort résultat.

Une articulation propre au notariat doit être soulignée : le PER TNS et la section B forfaitaire de la CPRN se cumulent, mais la cotisation CPRN section B est elle-même déductible du BNC. La construction d'un calendrier d'épargne retraite cohérent passe donc par une analyse conjointe du choix de classe en section B et du calibrage du PER TNS, dont les rendements actuariels et les contraintes de blocage diffèrent.

4.2 Les contraintes du PER

Le capital est bloqué jusqu'à la retraite, sauf cas de déblocage anticipé prévus par la loi (acquisition de la résidence principale, accidents de la vie). À la sortie, le capital est imposé à l'IR pour la fraction correspondant aux versements déduits, et au PFU sur les plus-values, désormais à 31,4 % depuis le 1er janvier 2026 pour le PER bancaire assimilé à un compte-titres. Le PER assurantiel, logé dans un contrat d'assurance, devrait conserver le PFU global à 30 % par symétrie avec l'assurance-vie, sous réserve de confirmation administrative attendue.

Pour un notaire qui anticipe une sortie en capital majoritaire, le PER assurantiel est préférable. Pour un titulaire qui souhaite combiner le PER avec d'autres enveloppes plus souples, l'assurance-vie luxembourgeoise reste structurellement plus puissante en raison de sa liquidité totale et de sa fiscalité à la transmission.

5. L'assurance-vie luxembourgeoise : enveloppe centrale du patrimoine privé du notaire prescripteur

5.1 Pourquoi le Luxembourg pour un notaire

Le notaire occupe une position particulière sur le marché de la gestion de patrimoine : il prescrit lui-même, dans son activité professionnelle, des solutions de transmission, de structuration immobilière et de réception de fonds. Il connaît la mécanique des clauses bénéficiaires, des donations en démembrement et des actes de cession mieux que la plupart des libéraux à hauts revenus. Cette compétence professionnelle a une conséquence directe sur ses propres choix patrimoniaux : il attend un cadre prudentiel exigeant, une lisibilité juridique sans ambiguïté, et une articulation rigoureuse avec les actes qu'il rédige lui-même pour ses clients.

L'assurance-vie luxembourgeoise répond à ces trois exigences. La sécurité juridique est assurée par le triangle de sécurité luxembourgeois. La souplesse d'allocation correspond aux montants accumulés en fin de carrière sur des offices à fort résultat. La transmission via la clause bénéficiaire s'articule naturellement avec les actes notariés de donation et de partage, dans un cadre fiscal spécifique. Le Luxembourg n'impose ni les primes versées, ni les produits du contrat, ni les capitaux décès. La fiscalité applicable aux opérations imposables est exclusivement celle du pays de résidence du souscripteur ou du bénéficiaire au moment de l'opération concernée.

5.2 Le triangle de sécurité luxembourgeois

Le contrat luxembourgeois repose sur un cadre prudentiel à trois étages, le triangle de sécurité, qui sépare strictement l'assureur, la banque dépositaire et le régulateur CAA. Concrètement, cela signifie que les actifs du contrat n'entrent pas dans le bilan de la compagnie en cas de défaillance, et que le souscripteur bénéficie d'un super-privilège qui le place avant tous les autres créanciers sur les actifs cantonnés. Pour un notaire qui rédige quotidiennement des actes engageant des patrimoines significatifs, ce cadre prudentiel offre un niveau de garantie supérieur à celui des contrats français, qui ne dispose pas de cantonnement équivalent. Détails techniques du dispositif dans notre article dédié au triangle de sécurité luxembourgeois.

5.3 Une allocation calibrée sur la disponibilité de temps réelle du notaire

Selon le montant souscrit, le contrat luxembourgeois donne accès à des fonds internes dédiés (FID) ou des fonds d'assurance spécialisés (FAS). Cette granularité permet une allocation entièrement personnalisée combinant ETF actions et obligations comme socle, fonds sécurisé luxembourgeois en poche de liquidité, produits structurés à protection conditionnelle et private assets (private equity, dette privée, infrastructures, immobilier non coté) selon le profil de risque retenu.

La gestion sous mandat intégral est l'option naturelle pour le notaire titulaire d'office. La charge de travail réglementaire d'un officier public, la responsabilité civile professionnelle attachée aux actes authentiques, les contraintes de formation continue et les obligations déontologiques laissent peu de temps disponible pour le suivi quotidien d'un portefeuille. Plus encore que pour d'autres libéraux, la délégation de la gestion à un mandataire s'impose comme une rationalité d'arbitrage du temps.

La méthodologie Gradual Security®, propriétaire d'Avnear, pilote cette allocation par un investissement progressif visant à éviter les zones de marché surévaluées, atténuant la volatilité ressentie sur le capital constitué.

5.4 La fiscalité française des rachats

Pour un résident fiscal français, le rachat sur un contrat luxembourgeois est imposé selon la fiscalité française de l'assurance-vie. Pour un notaire à TMI 41 ou 45 % avec un horizon de cession à 10 ou 15 ans, le point essentiel à retenir est que le PFU global reste à 30 % après huit ans (par exception à la hausse de droit commun à 31,4 % entrée en vigueur le 1er janvier 2026), grâce au maintien du taux dérogatoire de CSG à 9,2 % pour l'assurance-vie. Cette dérogation, codifiée à l'article L. 136-8, IV du code de la sécurité sociale, place mécaniquement l'enveloppe à un niveau de fiscalité inférieur au compte-titres et au PER bancaire en sortie. Le détail des taux par tranche de primes et par antériorité figure dans notre guide de la fiscalité de l'assurance-vie.

5.5 La clause bénéficiaire comme prolongement professionnel

La clause bénéficiaire de l'assurance-vie permet une transmission hors succession au bénéficiaire désigné, avec un cadre fiscal spécifique distinct des droits de mutation à titre gratuit de droit commun. Pour les primes versées avant 70 ans, l'article 990 I du CGI prévoit un abattement de 152 500 euros par bénéficiaire, puis une taxation à 20 % jusqu'à 700 000 euros et à 31,25 % au-delà. Pour les primes versées après 70 ans, l'article 757 B du CGI s'applique avec un abattement global de 30 500 euros, les sommes excédentaires étant soumises aux droits de mutation par décès selon le lien de parenté.

Le notaire qui rédige des clauses bénéficiaires pour ses propres clients dispose d'une compétence directe sur la rédaction de la sienne. Trois points méritent une attention particulière dans son cas : la rédaction d'une clause à options sur mesure, articulée avec les régimes matrimoniaux et les enfants nés d'unions différentes ; l'articulation avec le démembrement de propriété pratiqué dans les actes notariés de transmission, notamment via le quasi-usufruit ; la désignation séparée de bénéficiaires pour des contrats distincts, permettant d'orchestrer une transmission graduée sur 8, 12 ou 15 ans.

5.6 Crédit Lombard et acquisition de parts d'office

Le crédit Lombard adossé au contrat luxembourgeois ouvre une voie alternative au crédit professionnel classique pour deux opérations propres au notariat. Le financement de l'entrée en société d'un nouveau notaire associé : le titulaire prélève sur sa ligne Lombard pour souscrire des parts de la SEL ou de la SPFPL, sans céder les actifs nantis ni interrompre la capitalisation. Le rachat des parts d'un associé partant à la retraite, dans une configuration où le calendrier de présentation impose un règlement rapide alors que la trésorerie de la SEL ne suffit pas.

Son recours suppose une analyse rigoureuse du ratio de nantissement, du risque d'appel de marge en cas de baisse des actifs sous-jacents et de la cohérence avec l'allocation globale. Pour le notaire dont la capacité d'emprunt professionnelle classique est encadrée par les normes prudentielles bancaires applicables aux officiers ministériels, le crédit Lombard offre une marge de manœuvre supplémentaire qui peut se révéler décisive lors d'une opération de restructuration capitalistique.

6. L'immobilier : la tentation de la concentration sectorielle

6.1 Un risque de surexposition propre au notaire

L'immobilier constitue un actif tangible générateur de revenus fonciers et potentiellement valorisable à long terme. Pour le notaire à hauts revenus, il présente toutefois une fiscalité dense : barème progressif de l'IR sur les revenus fonciers et prélèvements sociaux. Les revenus fonciers tirés de la location nue restent soumis au taux dérogatoire de 17,2 %, conformément à l'article L. 136-8, IV du code de la sécurité sociale, par exception à la hausse à 18,6 % introduite par la LFSS 2026 sur la majorité des revenus du capital.

Au-delà de la mécanique fiscale, un risque de surexposition mérite d'être nommé clairement. Le notaire est, par exercice professionnel quotidien, exposé à l'immobilier : ventes, donations, partages, baux, prêts hypothécaires constituent une part significative de son chiffre d'affaires. Sa vision de la classe d'actifs est intime, ses convictions sont fortes, et la tentation d'investir massivement en direct dans son champ de compétence est réelle.

Cette concentration, lorsqu'elle se cumule à la valeur de l'office (lui-même corrélé à l'activité immobilière régionale) et à la résidence principale, peut conduire un patrimoine notarial à comporter 70 % à 80 % d'immobilier, direct et indirect. Cette surexposition est rarement diagnostiquée par le notaire lui-même, qui perçoit l'immobilier comme un terrain familier plutôt que comme un risque sectoriel concentré.

Lorsque la diversification immobilière fait sens dans le patrimoine d'un notaire qui n'est pas déjà surexposé à la classe d'actifs, les SCPI européennes intégrées en contrat luxembourgeois constituent une option à étudier, avec une fiscalité optimisée par convention bilatérale et un différé d'imposition jusqu'au rachat. Cette modalité est documentée dans notre article sur l'intégration SCPI en assurance-vie luxembourgeoise.

6.2 LMNP et résidences services

Le LMNP reste un outil de diversification utilisable, sous réserve des évolutions législatives récentes qui ont resserré l'amortissement et les conditions d'éligibilité. Pour un notaire déjà fortement exposé à l'immobilier, l'arbitrage LMNP vs autres enveloppes doit être conduit avec une vigilance particulière sur le risque de concentration sectorielle évoqué ci-dessus, plutôt que sur la seule mécanique fiscale du dispositif. Détails du régime LMNP dans notre guide dédié.

7. Tableau comparatif des principales briques patrimoniales pour un notaire libéral

Critère SCP / SEL / SPFPL PER TNS Assurance-vie luxembourgeoise
Vocation principale Structurer l'exercice et préparer la cession de l'office Préparer la retraite avec déduction fiscale Capitaliser et transmettre le patrimoine privé
Avantage fiscal à l'entrée IS à 15 % puis 25 % pour SEL, transparence pour SCP IR, mère-fille pour SPFPL Déduction des versements du revenu imposable Aucun à l'entrée
Disponibilité des fonds Liée à la stratégie de distribution et au calendrier de cession Bloqués jusqu'à la retraite (sauf cas légaux) Liquidité totale, rachats à tout moment
Plafond de versement Aucun 10 % du bénéfice professionnel + 15 % au-dessus du PASS Aucun
Fiscalité à la sortie Plus-values professionnelles (SCP) ou mobilières (SEL via PFU 31,4 %) IR sur capital déduit, PFU 31,4 % sur plus-values (PER bancaire) ou 30 % (PER assurantiel a priori) Abattement après 8 ans, prélèvement libératoire 7,5 % puis 12,8 % au-delà de 150 000 €, PS 17,2 % (PFU global 30 %)
Transmission Donation de parts, pacte Dutreil sous conditions Versement aux bénéficiaires hors succession Clause bénéficiaire, art. 990 I et 757 B du CGI
Adossement crédit Lombard Limité Non Oui, sur actifs nantis
Risques spécifiques Risque social et fiscal sur ventilation BNC / mandat, calendrier de cession subi Blocage des fonds, fiscalité dépendante de la TMI à la sortie Risque marché, risque émetteur atténué

8. Scénario illustratif : profil type d'un notaire associé en SEL

Ce scénario est strictement hypothétique. Il illustre des mécanismes généraux et ne constitue pas un conseil personnalisé ni une projection de performance. Les hypothèses retenues ne reflètent ni une garantie ni une projection de performance. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

Profil retenu : notaire associé en SEL (office classe 7), 48 ans, résident fiscal en France, rémunération nette annuelle estimée à 280 000 euros (dont rémunération technique imposable en BNC selon la doctrine 2024 et rémunération de gérance imposable selon la forme sociale, ventilation à documenter rigoureusement), capacité d'épargne nette d'impôt estimée à 4 500 euros par mois, patrimoine immobilier existant (résidence principale et un bien locatif) déjà significatif, tranche marginale d'imposition à 45 %, classe CPRN section B en classe 7, horizon de cessation d'activité envisagé à 67 ans, soit 19 ans, présentation d'un successeur prévue à mi-horizon avec accompagnement d'un an.

Allocation hypothétique envisageable, à titre illustratif, sous réserve d'une analyse personnalisée. Le PER TNS reçoit des versements correspondant à la fraction maximale déductible du bénéfice professionnel, environ 1 500 à 2 000 euros par mois selon le bénéfice annuel, pour optimiser la TMI à 45 %. L'assurance-vie luxembourgeoise reçoit 2 200 euros par mois en allocation diversifiée de profil dynamique, combinant ETF actions et obligations, fonds sécurisé luxembourgeois, produits structurés et private assets, gérée sous mandat selon la méthodologie Gradual Security®. Une enveloppe SCPI ou LMNP en complément, calibrée pour ne pas accentuer une concentration immobilière déjà significative, vient parachever la diversification.

Trois vigilances propres au notariat structurent la mise en œuvre. La documentation de la ventilation BNC / mandat dans les statuts et procès-verbaux annuels de la SEL : une remise en cause par l'administration peut emporter rappels d'impôt et de cotisations sociales sur trois années, avec pénalités. La mise en conformité des statuts au regard de l'ordonnance 2023-77 et du décret 2024-873 : mise en conformité statutaire qui devait intervenir au 31 août 2025 au plus tard. Le calibrage conjoint du PER TNS et du choix de classe en section B CPRN : les deux instruments puisent dans la même capacité d'épargne déductible.

À mesure que l'horizon de cessation d'activité se rapproche, une désensibilisation progressive du portefeuille principal, du profil dynamique vers un profil équilibré puis prudent, permet de sécuriser le capital constitué. La structuration en SPFPL personnelle peut être étudiée à mi-carrière pour préparer la présentation du successeur ou l'entrée d'un nouvel associé via effet de levier.

Cette structuration peut être posée à partir d'un échange de 30 minutes avec un conseiller Avnear, en intégrant votre stade de carrière, votre projection de cession et l'articulation avec votre cabinet comptable.

9. La transmission de l'office et du patrimoine : un calendrier réglementaire qui dicte la stratégie

9.1 La présentation de successeur : 12 à 18 mois subis

Le notaire titulaire ne cède pas librement son office : il présente un successeur au Garde des Sceaux, qui instruit la candidature et délivre l'arrêté de nomination. Le calendrier complet, depuis la sélection du successeur jusqu'à la nomination, s'étale couramment sur 12 à 18 mois. Ce calendrier n'est ni négociable ni accélérable : il dicte la temporalité de l'ensemble des opérations patrimoniales associées à la cessation d'activité. Le notaire qui découvre cette contrainte au moment où il souhaite cesser arrive trop tard.

La fiscalité de la cession dépend de la structure : cession des parts de SEL relevant du régime des plus-values privées sur valeurs mobilières (PFU à 31,4 % depuis 2026 ou option pour le barème progressif), cession des éléments d'un office individuel ou de parts de SCP à l'IR relevant du régime des plus-values professionnelles BNC. Plusieurs régimes d'exonération conditionnelle sont mobilisables : article 151 septies A du CGI (exonération sous condition d'âge et de durée d'exercice à la retraite), article 238 quindecies du CGI (exonération en fonction de la valeur de la branche cédée).

Pour les notaires détenant leurs parts de SEL via une SPFPL, le mécanisme d'apport-cession prévu à l'article 150-0 B ter du CGI permet, sous conditions, un report d'imposition de la plus-value à l'apport. Les conditions ont été significativement durcies par la loi de finances pour 2026, applicable aux cessions réalisées à compter du 21 février 2026 : quota de remploi porté à 70 % (contre 60 % auparavant), délai de réinvestissement de 36 mois, durée de conservation des actifs de remploi portée à 5 ans pour tous types d'actifs, exclusion explicite de l'immobilier locatif et des activités financières des actifs éligibles. Le report est un différé d'imposition, non une exonération : la plus-value reste latente et redevient exigible si les conditions ne sont pas respectées.

9.2 La transmission familiale via le pacte Dutreil

Le pacte Dutreil permet, sous conditions strictes, une exonération de 75 % des droits de mutation à titre gratuit lors d'une transmission familiale. Les conditions d'engagement collectif puis individuel, et les évolutions issues de la loi de finances pour 2026, sont détaillées dans notre guide du pacte Dutreil. La question propre au notaire n'est pas la connaissance du dispositif mais son éligibilité pratique, qui dépend de deux conditions cumulatives spécifiques à la profession.

La transmission familiale d'un office notarial est rare en pratique : l'enfant doit être notaire, agréé par le Garde des Sceaux et avoir le projet professionnel correspondant. Mais cette rareté ne dispense pas de la préparer, car lorsqu'elle est possible, elle constitue le levier de transmission le plus puissant. Pour une SPFPL animatrice détenant des parts de SEL notariale, l'éligibilité au pacte Dutreil suppose la caractérisation effective de l'animation, condition qui doit être documentée plusieurs années en amont.

9.3 La transmission financière via l'assurance-vie luxembourgeoise

La clause bénéficiaire du contrat luxembourgeois constitue le second pilier de la transmission, complémentaire à la cession de l'office et à l'éventuel pacte Dutreil. Combinée aux donations en nue-propriété et aux abattements applicables tous les 15 ans, elle permet d'organiser une transmission progressive du patrimoine privé.

Pour un notaire qui maîtrise par formation les outils de transmission, l'enjeu n'est pas la connaissance technique mais le calibrage temporel : commencer suffisamment tôt pour utiliser plusieurs renouvellements d'abattements et plusieurs versements avant 70 ans ouvrant droit à l'abattement de 152 500 euros par bénéficiaire de l'article 990 I.

10. Les risques à intégrer à toute stratégie

Aucune stratégie patrimoniale ne saurait être présentée sans exposer ses risques. Les principaux à retenir pour ce profil sont les suivants.

Le risque réglementaire spécifique à la profession est central : modification du tarif réglementé, évolution des règles de nomination par le Garde des Sceaux, calendrier de mise en conformité de l'ordonnance 2023-77 et de son décret d'application. Le notaire titulaire doit intégrer ces facteurs dans sa stratégie de structuration d'office et de cession.

Le risque fiscal et social attaché à la SEL est devenu central depuis la réforme 2024. La ventilation entre rémunération technique (imposée en BNC) et rémunération de mandat (imposée selon la forme sociale) doit être documentée par les statuts et les procès-verbaux annuels, faute de quoi l'administration peut requalifier les sommes selon ses propres clés. L'arrêt du Conseil d'État du 8 avril 2025 ayant supprimé la règle pratique permettant d'imposer forfaitairement 5 % de la rémunération totale en traitements et salaires, chaque associé doit désormais justifier précisément sa répartition.

Le risque de calendrier de cession est propre à la profession : la cession imposant un délai de 12 à 18 mois subi, toute mauvaise anticipation expose à un report de cessation contraint, à une fiscalisation différée non choisie et à une dégradation de l'enveloppe retraite. Pour percevoir sa retraite complémentaire CPRN, le notaire libéral titulaire doit avoir cessé son activité, cette cessation étant publiée au Journal officiel.

Le risque de marché s'applique à l'ensemble des supports en unités de compte et fonds actions : la valeur des parts peut baisser. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

Le risque de liquidité est inhérent aux supports de private assets intégrés à l'allocation, aux SCPI et à l'immobilier en direct. La calibration de la fraction de non coté et le maintien d'une poche de liquidité dans le contrat visent à préserver une liquidité globale cohérente avec l'horizon du souscripteur.

Le risque émetteur subsiste pour tout contrat d'assurance, même luxembourgeois. Le triangle de sécurité atténue ce risque, il ne l'annule pas.

Le risque lié au crédit Lombard, lorsqu'il est mobilisé, tient au mécanisme d'appel de marge. En cas de baisse significative des actifs nantis, la banque peut exiger un remboursement partiel anticipé ou un complément de garantie.

Le risque fiscal évolutif est structurel : les règles d'imposition des libéraux, de l'assurance-vie et des transmissions peuvent évoluer. La loi de finances pour 2026 et la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 ont modifié plusieurs paramètres : apport-cession durci, PFU porté à 31,4 % pour les revenus de droit commun, dualité de taux de prélèvements sociaux. L'assurance-vie n'est pas concernée par la hausse du PFU : les produits demeurent soumis aux prélèvements sociaux au taux dérogatoire de 17,2 % et le PFU global applicable à l'assurance-vie reste donc fixé à 30 %.

Conclusion

Le notaire titulaire vit avec un paradoxe : il sait transmettre celle des autres, mais il sous-investit fréquemment la transmission de son propre patrimoine privé, absorbé par la valorisation de son office. Cette concentration sur l'actif professionnel a un coût mesurable : un capital de cession qui arrive au moment où les enveloppes les plus rentables exigent une antériorité fiscale déjà perdue, une retraite CPRN dont la liquidation est conditionnée à un calendrier de cession subi de 12 à 18 mois, un patrimoine privé trop concentré sur l'immobilier par familiarité professionnelle.

Trois fenêtres temporelles déterminent la trajectoire patrimoniale du notaire libéral. La première, entre 30 et 40 ans, est celle de la prise de date sur les enveloppes long terme, pendant que l'office se constitue. La deuxième, entre 40 et 55 ans, est la fenêtre fiscale la plus rentable : PER TNS, arbitrage SCP/SEL post-réforme 2024, mise en place éventuelle d'une SPFPL personnelle dans le nouveau cadre du décret 2024-873, structuration de l'assurance-vie luxembourgeoise. La troisième, cinq à sept ans avant la cessation, est celle de la préparation conjointe de la cession et de la transmission familiale.

Deux questions ne se résolvent qu'en audit personnalisé : le calibrage optimal entre cotisation en classe supérieure CPRN section B et versements PER TNS, selon votre projection de cession et votre TMI anticipée à la retraite ; la séquence d'activation des leviers patrimoine privé en parallèle de la valorisation de votre office, selon votre stade de carrière et votre projet de transmission. Ces deux sujets dépassent ce que peut couvrir un article et appellent un échange direct, idéalement à mi-carrière, lorsque la fenêtre fiscale est encore ouverte.

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FAQ

Dès l'installation. La prise de date sur un contrat d'assurance-vie, idéalement luxembourgeois, doit être engagée dans les premières années d'exercice pour ouvrir l'antériorité fiscale de huit ans avant la fenêtre fiscale principale entre 40 et 55 ans. Attendre la préparation de la cession pour structurer son patrimoine privé revient à placer un capital de cession sans antériorité, à un âge où les leviers les plus rentables sont déjà fermés.
La CPRN gère le régime complémentaire obligatoire en deux sections : section B forfaitaire répartie en 8 classes (point B à 17,7710 euros en 2026), et section C proportionnelle à 4,10 % de la moyenne triennale des produits de l'office (point C à 0,9422 euro en 2026). Le régime de base est géré par la CNAVPL. La perception de la retraite complémentaire CPRN est conditionnée à la cessation d'activité, publiée au Journal officiel.
Le calendrier complet, depuis la sélection du successeur jusqu'à la nomination par le Garde des Sceaux, s'étale couramment sur 12 à 18 mois. Ce calendrier n'est ni négociable ni accélérable : il dicte la temporalité de l'ensemble des opérations patrimoniales associées à la cessation. Un notaire qui souhaite cesser à 67 ans doit avoir engagé la procédure de présentation au plus tard à 65 ans et demi.
Depuis le 1er janvier 2024, les rémunérations techniques perçues par les associés de SEL au titre de leur activité libérale sont imposées en BNC, conformément au rescrit BOI-RES-BNC-000136 du 24 avril 2024. Elles ne relèvent des traitements et salaires que si un lien de subordination est caractérisé. La rémunération du mandat social demeure imposée selon la forme sociale. L'arrêt du Conseil d'État du 8 avril 2025 a supprimé la règle pratique de la clé 95/5 : chaque associé doit désormais justifier précisément sa répartition.
Depuis le 1er septembre 2024, une SPFPL peut détenir 100 % du capital d'une SEL notariale, et son périmètre est étendu aux immeubles et véhicules de portage destinés au fonctionnement de la SEL. Elle permet de bénéficier du régime mère-fille (exonération à 95 % des dividendes sous conditions de l'article 145 du CGI), de financer l'acquisition de parts par effet de levier et de préparer la transmission. Une SPFPL personnelle par associé est généralement préférable à une SPFPL unique pour faciliter les sorties d'associés.
Non. La LFSS 2026 maintient le taux dérogatoire de 9,2 % de CSG sur les produits d'assurance-vie, conformément à l'article L. 136-8, IV du code de la sécurité sociale. Les prélèvements sociaux restent donc à 17,2 % et le PFU global à 30 %, contre 31,4 % de droit commun pour les autres revenus du capital depuis le 1er janvier 2026. Cette dérogation renforce l'attractivité relative de l'enveloppe assurance-vie.
Les deux instruments se cumulent mais puisent dans la même capacité d'épargne déductible. La cotisation CPRN section B est déductible du BNC, tout comme les versements PER TNS dans la limite du plafond annuel (10 % du bénéfice + 15 % au-dessus du PASS). L'arbitrage optimal dépend du rendement actuariel de la classe envisagée, de l'âge, de la TMI anticipée à la retraite et de la souplesse souhaitée à la sortie. Cet arbitrage justifie un audit personnalisé.
La cession bénéficie de plusieurs régimes selon la structure : article 151 septies A (exonération sous condition d'âge et de durée d'exercice à la retraite, applicable aux SCP et exercice individuel), article 238 quindecies (exonération en fonction de la valeur), et article 150-0 B ter pour l'apport-cession via SPFPL avec report d'imposition (durci par la LFI 2026 : remploi 70 %, délai 36 mois, conservation 5 ans, exclusion immobilier locatif). Préparation pluriannuelle indispensable, conjointement avec le calendrier de présentation du successeur.
Oui. Avnear accompagne les notaires libéraux titulaires d'office dans la structuration globale de leur patrimoine, en coordination avec leur cabinet comptable et leurs conseils juridiques. L'expertise du cabinet couvre l'articulation SCP, SEL et SPFPL post-réforme 2024, le PER TNS et son arbitrage avec la classe CPRN section B, l'assurance-vie luxembourgeoise multi-devises avec allocation personnalisée incluant private assets, le crédit Lombard pour le financement d'acquisition de parts d'office, et la préparation conjointe de la cession et de la transmission privée.

Résumé

  • Le notaire libéral combine revenus assis sur un tarif réglementé, double régime de retraite CNAVPL et CPRN dont la section B est plafonnée à la classe 8 et la section C présente un rendement actuariel décroissant, statut d'officier public ministériel sous tutelle du Garde des Sceaux et fiscalité BNC ou SEL post-réforme 2024.
  • Le décret n° 2024-873 du 14 août 2024 a refondu le cadre d'exercice en société du notariat depuis le 1er septembre 2024 : SPFPL pouvant détenir 100 % d'une SEL, périmètre élargi, transparence renforcée vers le CSN, mise en conformité statutaire au 31 août 2025.
  • Le PER TNS optimise la fiscalité à l'entrée pour les TMI hautes, à arbitrer en parallèle du choix de classe en section B CPRN, avec une fiscalité différenciée en sortie selon la nature du contrat (PER assurantiel ou bancaire) depuis la LFSS 2026.
  • L'assurance-vie luxembourgeoise occupe une place centrale dans le patrimoine privé du notaire prescripteur : capitalisation diversifiée, transmission articulée avec les actes notariés, crédit Lombard adossé pour le financement d'acquisition de parts d'office. PFU global maintenu à 30 % par dérogation LFSS 2026.
  • La cession de l'office passe par la présentation d'un successeur agréé par le Garde des Sceaux, sur un calendrier subi de 12 à 18 mois, articulée avec les régimes des plus-values, l'apport-cession 150-0 B ter durci par la LFI 2026 et le pacte Dutreil.

À retenir

  • Transmettre son office sans avoir structuré son patrimoine privé en parallèle revient à placer un capital de cession sans antériorité fiscale, à un âge où les leviers les plus rentables sont déjà fermés.
  • La perte annuelle d'une absence de structuration se chiffre entre 4 000 euros pour un notaire jeune installé et plus de 100 000 euros pour un notaire senior en préparation de cession.
  • Depuis le 1er janvier 2024, les rémunérations techniques des notaires associés de SEL sont imposées en BNC : ventilation BNC / mandat à documenter rigoureusement, l'arrêt du Conseil d'État du 8 avril 2025 ayant supprimé la règle pratique de la clé 95/5.
  • Le décret n° 2024-873 a refondu le cadre des SEL et SPFPL notariales depuis le 1er septembre 2024 : SPFPL pouvant détenir 100 % d'une SEL, périmètre élargi, transparence renforcée vers le CSN.
  • L'assurance-vie luxembourgeoise est l'enveloppe centrale du patrimoine privé du notaire : sécurité des actifs via le triangle de sécurité, allocation personnalisée, transmission articulée avec les actes notariés. PFU global maintenu à 30 % par dérogation LFSS 2026.
  • La cession de l'office repose sur la présentation d'un successeur agréé par le Garde des Sceaux, sur un calendrier subi de 12 à 18 mois, articulée avec les régimes des plus-values professionnelles ou mobilières, l'apport-cession 150-0 B ter durci par la LFI 2026 et le pacte Dutreil.

Sources et références réglementaires

  1. Code général des impôts, article 92 : champ d'application des bénéfices non commerciaux. Légifrance (consultation 05/2026).
  2. Code général des impôts, article 62 : régime fiscal des rémunérations des gérants majoritaires de SARL et SELARL. Légifrance (consultation 05/2026).
  3. Code général des impôts, article 145 : régime mère-fille. Légifrance (consultation 05/2026).
  4. Code général des impôts, article 150-0 B ter : report d'imposition en cas d'apport à une société contrôlée, modifié par la loi de finances pour 2026. Légifrance (consultation 05/2026).
  5. Code général des impôts, article 151 septies A : exonération des plus-values professionnelles à la retraite. Légifrance (consultation 05/2026).
  6. Code général des impôts, article 238 quindecies : exonération des plus-values lors de la transmission d'une entreprise. Légifrance (consultation 05/2026).
  7. Code général des impôts, article 787 B : pacte Dutreil sur la transmission d'entreprise, modifié par la loi de finances pour 2026. Légifrance (consultation 05/2026).
  8. Code général des impôts, article 990 I : fiscalité des capitaux décès des contrats d'assurance-vie pour les primes versées avant 70 ans. Légifrance (consultation 05/2026).
  9. Code général des impôts, article 757 B : fiscalité des capitaux décès pour les primes versées après 70 ans. Légifrance (consultation 05/2026).
  10. Code de la sécurité sociale, article L. 136-8, IV : prélèvements sociaux sur les revenus du patrimoine et de placement, dualité de taux issue de la LFSS 2026. Légifrance (consultation 05/2026).
  11. Code de commerce, articles A. 444-53 et suivants : tarifs réglementés des notaires. Légifrance (consultation 05/2026).
  12. Ordonnance n° 45-2590 du 2 novembre 1945 relative au statut du notariat. Légifrance (consultation 05/2026).
  13. Ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023 relative à l'exercice en société des professions libérales réglementées. Légifrance (02/2023).
  14. Décret n° 2024-873 du 14 août 2024 relatif à l'exercice en société de la profession de notaire. Légifrance (08/2024).
  15. Bulletin officiel des finances publiques, BOI-RES-BNC-000136 du 24 avril 2024 : régime fiscal des rémunérations techniques des associés de SEL. Bofip.impots.gouv.fr (04/2024).
  16. Conseil d'État, décision n° 492154 du 8 avril 2025 : suppression de la règle pratique de la clé 95/5. Légifrance (04/2025).
  17. Loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 de financement de la sécurité sociale pour 2026 (dualité de taux PS, suspension du calendrier de relèvement de l'âge légal). Légifrance (12/2025).
  18. Loi n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026 (article 16 : durcissement apport-cession 150-0 B ter ; modification du pacte Dutreil). Légifrance (02/2026).
  19. Loi du 7 décembre 2015 relative au secteur des assurances (Luxembourg), telle que modifiée. Legilux.public.lu (consultation 05/2026).
  20. Caisse de Prévoyance et de Retraite des Notaires (CPRN) : barèmes 2026 régime complémentaire sections B et C, point B 17,7710 euros et point C 0,9422 euro. Cprn.fr (01/2026).
  21. Caisse Nationale d'Assurance Vieillesse des Professions Libérales (CNAVPL). Cnavpl.fr (consultation 05/2026).
  22. Conseil Supérieur du Notariat (CSN) : ressources sur la mise en conformité statutaire des SEL et SPFPL notariales. Notaires.fr (09/2024).

Clause de conformité

Les informations contenues dans ce guide sont fournies à titre informatif et pédagogique. Elles ne constituent en aucun cas un conseil juridique, fiscal ou financier individualisé. Malgré le soin apporté à leur exactitude et leur actualisation, Avnear ne saurait être tenu responsable des décisions prises sur la base de ce document. Toute opération patrimoniale doit faire l'objet d'une analyse personnalisée prenant en compte la situation spécifique du lecteur, sa résidence fiscale, ses objectifs et ses contraintes. Il est fortement recommandé de consulter un professionnel agréé (conseiller en gestion de patrimoine, avocat fiscaliste, notaire) avant toute souscription ou structuration patrimoniale.

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