Protéger son épargne de l'inflation : capital garanti et illusion de sécurité
Un placement à capital garanti protège la valeur nominale versée, jamais le pouvoir d'achat qu'elle représente. En 2025, le fonds euros a servi en moyenne 2,6 % pour une inflation de 0,9 %, un rendement réel redevenu positif après trois années où l'inverse s'est produit.
L'inflation a fortement reculé en France : après des pics à 5,2 % en 2022 et 4,9 % en 2023, elle est retombée à 2,0 % en 2024 puis à 0,9 % en 2025 selon l'indice des prix à la consommation, l'inflation ayant diminué à 0,9 % en moyenne annuelle en 2025 au sens de l'IPC, après 2,0 % l'année précédente. Ce reflux change la lecture des placements dits sécurisés, mais il rend aussi plus facile d'oublier une distinction que les années de forte inflation avaient rendue douloureusement visible : un capital garanti n'est jamais un pouvoir d'achat garanti. Cet article s'adresse à tout épargnant cherchant à comprendre ce que protège réellement une garantie en capital, et où se loge l'écart entre sécurité perçue et sécurité réelle.
Que garantit réellement un capital garanti ?
La garantie en capital porte sur une somme nominale, pas sur ce que cette somme permet d'acheter. Sur un fonds euros d'assurance-vie, l'établissement partenaire garantit que le souscripteur retrouvera au minimum les primes nettes versées, diminuées des frais, quelle que soit l'évolution des marchés. Cette garantie ne dit rien de la valeur réelle de ce capital au moment où il est récupéré.
Un capital de 100 000 euros garanti pendant dix ans reste 100 000 euros en valeur faciale. Si les prix ont progressé de 20 % sur la période, ce même capital n'achète plus que l'équivalent de 83 000 euros de biens et services au pouvoir d'achat de départ. La garantie a parfaitement fonctionné sur le plan contractuel. Elle n'a rien protégé sur le plan économique.
Cette mécanique concerne aussi bien le fonds euros d'un contrat d'assurance-vie que l'épargne réglementée ou tout support présenté comme sans risque. Elle ne concerne pas de la même façon un PER, dont la fiscalité et l'horizon obligatoire déplacent la question : l'enjeu n'y est pas la garantie du capital pendant la phase d'épargne, mais le rendement réel cumulé sur quinze à trente ans avant liquidation.
Le fonds euros en 2026 : rendement, prélèvements sociaux et rendement réel
Le rendement moyen des fonds euros s'est établi à 2,6 % au titre de 2025 selon France Assureurs, qui indique un rendement moyen des fonds en euros à 2,6 % en 2025 et une collecte nette de 50,6 milliards d'euros, un chiffre proche des 2,65 % avancés par d'autres estimations de marché. Les prélèvements sociaux sur les fonds euros restent fixés à 17,2 %, en application de la liste limitative de l'article L.136-8 IV du code de la sécurité sociale : contrairement aux dividendes, intérêts et plus-values mobilières de droit commun, désormais soumis à 18,6 % de prélèvements sociaux depuis la LFSS 2026 (loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025), l'assurance-vie et les contrats de capitalisation ne sont pas concernés par cette hausse.
Cet écart brut ne constitue pas un rendement réel net pour l'épargnant. Les prélèvements sociaux de 17,2 % sont prélevés chaque année sur les intérêts inscrits en compte sur un fonds euros, avant tout retrait. Sur une année où le fonds euros sert 2,6 % brut, le gain net de prélèvements sociaux ressort à environ 2,15 %, avant même la fiscalité applicable au retrait (PFU de 12,8 % ou barème, selon l'ancienneté du contrat et l'option choisie). Le rendement réel effectivement disponible pour l'épargnant, après prélèvements sociaux et inflation, est donc systématiquement inférieur à l'écart brut affiché dans les communications commerciales.
Sécurité perçue et sécurité réelle : trois mécanismes d'illusion
L'illusion de sécurité ne repose pas sur une tromperie, mais sur trois biais qui se cumulent.
Le premier est l'érosion silencieuse. Contrairement à une perte de marché, qui s'affiche en négatif sur un relevé et déclenche une réaction, l'érosion par l'inflation ne se voit jamais sur le relevé de compte. Le capital affiché progresse ou reste stable, ce qui produit un sentiment de sécurité alors que la valeur réelle recule.
Le second est ce que les économistes appellent l'illusion monétaire : la tendance à raisonner en valeur nominale plutôt qu'en valeur réelle. Un épargnant compare spontanément son capital de départ et son capital d'arrivée en euros courants, rarement en pouvoir d'achat constant.
Le troisième tient à la mécanique même du fonds euros. Les assureurs partenaires détiennent majoritairement des obligations à échéance longue, renouvelées progressivement. Une remontée des rendements obligataires ne se traduit dans le taux servi qu'avec un décalage de plusieurs années, le temps que le portefeuille se renouvelle. La provision pour participation aux bénéfices permet de lisser les à-coups, mais elle limite aussi la vitesse à laquelle un rendement réel redevient attractif après une période d'inflation forte.
Pourquoi un placement volatil peut être plus sûr à long terme qu'un placement figé
La notion de sécurité dépend entièrement de l'horizon considéré. Sur un an, un support en unités de compte investi en actions peut afficher une perte en capital que le fonds euros ne connaîtra jamais. Sur quinze ou vingt ans, c'est souvent l'inverse qui domine : la volatilité de court terme des actifs risqués s'atténue statistiquement, tandis que l'érosion par l'inflation sur un support à capital garanti, elle, s'accumule sans jamais se corriger.
Cette lecture ne dispense pas d'un inconvénient réel : un support en unités de compte ne garantit ni le capital ni le rendement, et une baisse de marché survenant au moment du retrait peut matérialiser une perte définitive. La diversification entre fonds euros, unités de compte, PEA et compte-titres vise précisément à répartir ce risque entre deux natures de danger différentes : le risque de marché à court terme d'un côté, le risque d'érosion monétaire de long terme de l'autre. Aucune allocation ne supprime ces deux risques simultanément.
Sur un contrat d'assurance-vie, cet arbitrage entre fonds euros et unités de compte s'opère à l'intérieur d'une même enveloppe, sans arbitrage fiscal déclenché tant que les sommes restent dans le contrat. C'est l'un des intérêts structurels de l'assurance-vie face à l'inflation : la possibilité de réduire progressivement la part sécurisée sans générer de fiscalité intermédiaire, au fil de l'évolution de l'horizon de l'épargnant.
Structurer une allocation qui tient compte des deux risques
Plusieurs enveloppes permettent de répartir l'exposition entre capital garanti et recherche de rendement réel positif. Le PEA offre un cadre fiscal favorable pour une poche actions européennes, dans la limite d'un plafond de versements de 150 000 euros. Le compte-titres ordinaire (CTO) complète cette poche au-delà de ce plafond ou pour des supports non éligibles au PEA, sans plafond de versement ni contrainte géographique. Les SCPI, désormais accessibles au sein des contrats d'assurance-vie et de capitalisation, apportent une brique immobilière sans détention directe ; les revenus qu'elles génèrent au sein du contrat relèvent alors de la fiscalité de l'assurance-vie, avec des prélèvements sociaux à 17,2 % (art. L.136-8 IV CSS), un régime distinct de celui des SCPI détenues en direct, qui relèvent des revenus fonciers.
Sur des capitaux plus importants déployés en une fois, la question du moment d'entrée s'ajoute à celle de l'allocation elle-même. Avnear distingue à ce titre l'arbitrage d'allocation, qui répartit le capital entre enveloppes, et l'arbitrage de timing, qui répartit son entrée dans le temps : une méthode d'entrée progressive sur les marchés, telle que la technologie Gradual Security® déployée par Avnear, vise à lisser ce second risque plutôt qu'à l'éviter en restant en capital garanti par défaut. Cette approche s'active dès 1 000 euros de versement sur l'assurance-vie française, ce qui la rend pertinente aussi bien pour un déploiement progressif d'épargne courante que pour un capital reçu en une fois.
Assurance-vie ou PER : deux réponses différentes à l'érosion monétaire
L'assurance-vie et le PER répondent tous deux à l'objectif de rendement réel positif, mais sur des logiques distinctes qu'il convient de ne pas confondre au moment de choisir une enveloppe.
L'assurance-vie combine, au sein d'un même contrat, un support à capital garanti (le fonds euros) et des supports en unités de compte sans garantie de capital ni de rendement. Cette architecture permet un ajustement continu du curseur de risque en fonction de l'horizon et sans fiscalité intermédiaire tant que les sommes restent dans le contrat. Elle reste disponible à tout moment, ce qui en fait une réponse adaptée à une épargne dont l'horizon de mobilisation n'est pas fixé à l'avance.
Le PER répond à une logique différente : l'horizon est en principe bloqué jusqu'à la retraite, sauf cas de déblocage anticipé prévus par la loi (acquisition de la résidence principale, invalidité, décès du conjoint, expiration des droits au chômage, surendettement). En contrepartie de ce blocage, les versements volontaires peuvent être déduits du revenu imposable dans la limite du plafond applicable, ce qui majore l'effort d'épargne net pour un même montant décaissé. Sur un horizon de quinze à trente ans, cet avantage fiscal à l'entrée peut compenser un rendement réel plus modeste sur la poche prudente du contrat, à condition que l'allocation en unités de compte soit calibrée à l'horizon réel jusqu'à la liquidation. À la sortie, la part en capital relève des produits de placement et supporte 18,6 % de prélèvements sociaux depuis la LFSS 2026, un paramètre à intégrer dans tout calcul de rendement net projeté.
Le choix entre les deux enveloppes ne se pose pas nécessairement en alternative : un épargnant peut mobiliser l'assurance-vie pour une épargne disponible et le PER pour une épargne dédiée à la retraite, avec dans les deux cas un arbitrage entre part garantie et part dynamique qui doit tenir compte du même risque d'érosion réelle. Sur ce point, l'assurance-vie française en ligne reste accessible dès 300 euros de versement initial, ce qui permet de commencer à structurer cette allocation sans attendre d'avoir constitué un capital important.
Quatre profils d'épargnants face à l'illusion de sécurité
L'exposition au risque d'érosion réelle varie fortement selon le profil.
L'épargnant de précaution, qui conserve une trésorerie de sécurité sur un support liquide et garanti, n'est pas exposé de la même façon : cette poche a une fonction de disponibilité immédiate, pas de performance, et la question du rendement réel y est secondaire.
L'épargnant qui laisse une épargne de moyen terme intégralement en fonds euros par défaut, sans arbitrage, est le plus exposé à l'illusion de sécurité : l'absence de décision active équivaut à un choix implicite en faveur du capital garanti sur un horizon qui ne le justifie pas nécessairement. C'est également le profil pour lequel l'écart entre assurance-vie et PER se pose le plus directement, puisque le choix de l'enveloppe conditionne la marge de manœuvre fiscale disponible pour corriger cette allocation par défaut.
L'épargnant diversifié, qui répartit son allocation entre fonds euros, unités de compte, PEA et CTO selon son horizon, réduit mécaniquement son exposition à l'érosion réelle sur la partie dynamique de son capital.
L'épargnant proche de l'utilisation de son capital, dont l'horizon se rapproche de quelques mois ou années, retrouve une logique où le capital garanti redevient pertinent : la priorité passe de la performance réelle à la disponibilité certaine.
Conclusion
Le capital garanti et la sécurité réelle répondent à deux questions différentes : l'un protège une somme, l'autre un pouvoir d'achat. Les deux ne coïncident que lorsque le rendement net dépasse durablement l'inflation, ce qui n'a pas été le cas entre 2021 et 2023 et l'est redevenu en 2024 et 2025. Structurer une allocation qui tient compte de cette distinction suppose de répartir le capital entre plusieurs enveloppes, assurance-vie, PER, PEA ou CTO selon les cas, en fonction de l'horizon réel de chaque poche plutôt que de faire du capital garanti un choix par défaut.
FAQ
Résumé
- Un capital garanti protège une valeur nominale, jamais un pouvoir d'achat.
- L'inflation française est retombée à 0,9 % en 2025, après 2,0 % en 2024, 4,9 % en 2023 et 5,2 % en 2022.
- Le fonds euros a servi environ 2,6 % brut en 2025, un écart redevenu favorable après trois années difficiles.
- Les prélèvements sociaux sur le fonds euros restent à 17,2 %, hors du champ de la hausse LFSS 2026 à 18,6 %.
- L'illusion de sécurité tient à l'érosion silencieuse, à l'illusion monétaire et au décalage de renouvellement du portefeuille obligataire des assureurs.
- L'assurance-vie et le PER répondent différemment à l'érosion monétaire : disponibilité et souplesse d'arbitrage pour l'une, avantage fiscal à l'entrée contre blocage pour l'autre.
- PEA, CTO et SCPI intra-contrat permettent de répartir l'exposition selon l'horizon de chaque poche d'épargne.
À retenir
- Sécurité nominale et sécurité réelle ne sont pas la même chose.
- Le rendement réel se calcule net de prélèvements sociaux et net d'inflation, jamais en brut affiché.
- Le choix entre assurance-vie et PER dépend de l'horizon et du besoin de disponibilité, pas uniquement du rendement affiché.
Sources et références réglementaires
- INSEE, informations rapides, inflation moyenne annuelle 2025 (01/2026)
- INSEE, l'essentiel sur l'inflation, séries longues (2026)
- France Assureurs, rendement moyen des fonds en euros 2025 (03/2026)
- ACPR / Facts & Figures, estimations de rendement fonds euros 2025 (12/2025)
- Code de la sécurité sociale, art. L.136-8 IV
- Loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 de financement de la sécurité sociale pour 2026
Clause de conformité
Les informations contenues dans ce document sont fournies à titre informatif et pédagogique. Elles ne constituent en aucun cas un conseil juridique, fiscal ou financier individualisé. Malgré le soin apporté à leur exactitude et leur actualisation, Avnear ne saurait être tenu responsable des décisions prises sur la base de ce document. Toute opération patrimoniale doit faire l'objet d'une analyse personnalisée prenant en compte la situation spécifique du lecteur, sa résidence fiscale, ses objectifs et ses contraintes. Il est fortement recommandé de consulter un professionnel agréé (conseiller en gestion de patrimoine, avocat fiscaliste, notaire) avant toute souscription ou structuration patrimoniale.
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