Ratio SCR au Luxembourg : l'indicateur que la plupart des souscripteurs ignorent
Le ratio SCR mesure le rapport entre les fonds propres éligibles d'un assureur et le capital réglementaire exigé pour absorber un choc bicentenaire. Dépasser 100 % est une obligation légale, pas une performance. Fin 2024, le marché vie luxembourgeois affiche un taux de couverture agrégé de 163,59 %, en recul pour la deuxième année consécutive.
Cet article s'adresse aux souscripteurs qui détiennent ou envisagent un contrat d'assurance-vie luxembourgeois avec un capital significatif, généralement à partir de 250 000 euros. Il traite d'une question rarement posée avant la signature : sur quels indicateurs objectifs mesure-t-on la solidité de l'assureur qui portera ce capital, et lequel de ces indicateurs a réellement provoqué une défaillance au Luxembourg.
La réponse tient en trois chiffres, dont un seul est habituellement cité dans les argumentaires commerciaux. Avnear traite ces trois lectures comme trois étapes distinctes du diagnostic préalable à toute recommandation, jamais comme un contrôle unique.
Pourquoi le ratio SCR est l'indicateur le plus souvent mal compris de l'assurance-vie luxembourgeoise
Le triangle de sécurité et le super privilège occupent l'essentiel du discours commercial sur l'assurance-vie luxembourgeoise. Ces deux mécanismes protègent les actifs du souscripteur en cas de défaillance de l'assureur. Ils ne renseignent en rien sur la probabilité que cette défaillance survienne.
Le ratio SCR répond à une autre question : l'assureur dispose-t-il aujourd'hui d'une marge de capital suffisante pour absorber un choc de marché sans mettre ses engagements en tension. Confondre les deux notions produit une fausse impression de sécurité. Un souscripteur peut être parfaitement protégé sur le plan juridique tout en ayant confié son capital à un assureur dont la trajectoire de solvabilité se dégrade d'année en année.
Une troisième dimension échappe presque toujours au débat, et c'est celle qui a effectivement déclenché une procédure de liquidation au Luxembourg en janvier 2025. Elle est traitée plus loin dans cet article. Les trois analyses sont complémentaires, jamais substituables les unes aux autres.
Que mesure exactement le ratio SCR, et à partir de quel niveau faut-il s'inquiéter ?
Le SCR, ou capital de solvabilité requis, est le montant de fonds propres que la réglementation Solvabilité II impose à un assureur pour couvrir ses engagements avec une probabilité de 99,5 % sur un horizon de douze mois. Autrement dit, un choc dont la survenue statistique est estimée à une fois tous les deux cents ans. Le ratio de couverture se calcule en divisant les fonds propres éligibles par ce montant, puis en exprimant le résultat en pourcentage.
Solvabilité II fixe en réalité deux seuils, pas un seul. Le SCR est le niveau cible. Le MCR, ou minimum de capital requis, est le plancher absolu, compris entre 25 % et 45 % du SCR selon le profil de risque de l'entreprise, conformément à l'article 129 de la directive 2009/138/CE. Le MCR fait l'objet d'un suivi trimestriel, contre un suivi au minimum annuel pour le SCR.
Un ratio proche de 100 % ne désigne pas mécaniquement un assureur fragile. Tout dépend de la trajectoire sur plusieurs exercices et de la nature des risques portés. Un ratio en baisse continue sur trois exercices consécutifs constitue en revanche un signal qui mérite d'être creusé avant toute souscription ou tout arbitrage de capital significatif.
Que se passe-t-il concrètement si un assureur franchit le SCR ou le MCR ?
Le franchissement de ces seuils déclenche des procédures graduées, dont les délais figurent dans la directive Solvabilité II et, pour le Luxembourg, dans la loi modifiée du 7 décembre 2015 sur le secteur des assurances.
En cas de non-respect du SCR, l'entreprise doit informer immédiatement l'autorité de contrôle et lui soumettre un plan de rétablissement réaliste dans un délai de deux mois. Elle dispose ensuite de six mois pour reconstituer ses fonds propres éligibles ou réduire son profil de risque, délai que le superviseur peut prolonger de trois mois. La commercialisation peut être restreinte pendant cette période.
En cas de non-respect du MCR, le régime change de nature. L'entreprise soumet un plan de financement à court terme sous un mois et doit rétablir la conformité dans un délai de trois mois. À défaut, le superviseur retire l'agrément. La différence entre les deux seuils n'est donc pas seulement quantitative : le SCR ouvre une fenêtre de correction, le MCR ouvre une procédure de sortie.
Cette gradation explique pourquoi un ratio de 130 % et un ratio de 105 % ne se lisent pas de la même façon. Le second laisse une marge de manœuvre étroite face à un choc de marché, sans être en soi un manquement.
Triangle de sécurité et super privilège : que couvrent-ils réellement, et que ne couvrent-ils pas ?
Le triangle de sécurité luxembourgeois repose sur trois acteurs distincts. L'assureur porte l'engagement contractuel. La banque dépositaire, établissement bancaire indépendant, conserve les titres et liquidités représentatifs des contrats. Le Commissariat aux Assurances approuve la convention de dépôt et peut ordonner le blocage des avoirs en cas de défaillance. Les actifs représentatifs des engagements ne figurent pas au bilan de l'assureur : une faillite de la compagnie n'emporte donc pas mécaniquement les actifs des souscripteurs.
Le super privilège complète ce dispositif. En cas de défaillance, les souscripteurs deviennent créanciers de premier rang sur le patrimoine distinct constitué par ces actifs, avant l'État luxembourgeois, les salariés de l'assureur et tout autre créancier. Ce mécanisme ne fixe aucun plafond d'indemnisation, à la différence du fonds de garantie français, dont la couverture est plafonnée à 70 000 euros par assuré et par entreprise adhérente en application de l'article L. 423-7 du Code des assurances.
Ce que le triangle de sécurité ne fait pas mérite d'être nommé aussi clairement. Il ne garantit ni la performance des supports choisis, ni l'absence de risque, ni une résolution instantanée en cas de crise. Une procédure de restitution des actifs prend du temps, et le privilège porte sur un patrimoine dont la valeur suit celle des supports sous-jacents, pas sur un montant fixe garanti.
Une précision technique est régulièrement fausse dans les contenus disponibles sur le sujet. L'organe de contrôle des entreprises d'assurance luxembourgeoises est le Commissariat aux Assurances, pas la CSSF. Cette dernière supervise les banques, dont la banque dépositaire elle-même, ainsi que les organismes de placement collectif. Les deux autorités interviennent sur des périmètres différents du même dispositif de protection.
Le troisième indicateur : la couverture des engagements par des actifs représentatifs éligibles
C'est l'angle mort du sujet, et il n'est pas théorique.
Le rapport annuel 2024-2025 du Commissariat aux Assurances documente une procédure de liquidation visant une entreprise d'assurance vie luxembourgeoise. Le superviseur a déposé une requête en dissolution et mise en liquidation le 22 janvier 2025, prononcée par le Tribunal d'arrondissement le 31 janvier 2025. Le motif retenu n'était pas un franchissement du ratio SCR. C'était l'incapacité de l'entreprise à rétablir la couverture de ses engagements d'assurance par des actifs représentatifs éligibles.
Cette distinction est déterminante pour un souscripteur. Le SCR mesure la solvabilité de l'entreprise dans son ensemble. La couverture des engagements par actifs représentatifs éligibles mesure autre chose : la capacité de l'assureur à adosser, à tout instant et actif par actif, les provisions techniques correspondant aux contrats à des actifs qui remplissent les critères d'éligibilité fixés par le CAA et déposés auprès de la banque dépositaire. C'est le cœur opérationnel du triangle de sécurité.
Un assureur peut donc afficher un ratio SCR conforme et être défaillant sur cette seconde obligation, notamment si les actifs déposés cessent de remplir les critères d'éligibilité ou si leur valorisation se dégrade. C'est exactement le scénario documenté en janvier 2025.
Deux enseignements en découlent. Le premier est que l'affirmation, très répandue dans les argumentaires commerciaux, selon laquelle aucun assureur vie luxembourgeois n'aurait fait défaut depuis plusieurs décennies ne correspond pas à l'état des faits publiés par le superviseur. Le second est que le triangle de sécurité a fonctionné : c'est bien le mécanisme de surveillance de la couverture des engagements qui a déclenché l'intervention, en amont d'une perte pour les souscripteurs. Le dispositif protège, mais il protège parce qu'il détecte, pas parce qu'il empêche.
Pourquoi deux ratios SCR ne se comparent pas toujours entre eux
Comparer deux ratios publiés sans vérifier comment ils sont construits est la principale source d'erreur de lecture. Quatre paramètres modifient le résultat.
Les mesures transitoires sur provisions techniques, prévues par la directive lors du passage à Solvabilité II, permettent d'étaler dans le temps l'effet du nouveau régime. Un assureur qui en bénéficie publie un ratio nettement supérieur à celui qu'il obtiendrait sans. L'écart entre les deux chiffres, systématiquement présenté dans le rapport SFCR, constitue en soi une information : il mesure la dépendance de l'entreprise à un régime appelé à s'éteindre.
L'ajustement pour volatilité produit un effet du même ordre, en atténuant la sensibilité des provisions techniques aux écarts de rendement obligataire. Là encore, le SFCR présente le ratio avec et sans ajustement.
La méthode de calcul du SCR elle-même diffère d'un assureur à l'autre. La formule standard, calibrée par le régulateur européen, ne produit pas les mêmes exigences qu'un modèle interne partiel ou intégral approuvé par le superviseur. Deux ratios issus de méthodes différentes ne se comparent pas directement.
La qualité des fonds propres éligibles constitue le quatrième paramètre, et le plus souvent négligé. Solvabilité II classe ces fonds propres en trois niveaux selon leur capacité d'absorption des pertes. Le niveau 1 non restreint est le plus mobilisable. Le niveau 2 et le niveau 3 le sont moins, et leur part dans la couverture est plafonnée. Deux assureurs affichant le même ratio ne disposent pas de la même capacité de résistance si l'un couvre son SCR presque intégralement en niveau 1 et l'autre mobilise largement les niveaux inférieurs.
Un cinquième élément mérite d'être consulté même s'il ne modifie pas le ratio : les analyses de sensibilité publiées dans le SFCR. Elles indiquent de combien de points le ratio varierait en cas de choc de taux, de choc actions ou d'élargissement des écarts de crédit. Sur un contrat majoritairement investi en unités de compte, ces sensibilités sont plus informatives que le ratio de tête.
Où trouver le ratio de son assureur partenaire, et à quelle date il est arrêté
Chaque assureur soumis à Solvabilité II publie annuellement un rapport SFCR, document public imposé par les articles 290 et suivants du règlement délégué (UE) 2015/35. Ce rapport suit une structure standardisée en cinq chapitres et détaille l'activité, le système de gouvernance, le profil de risque, la valorisation à des fins de solvabilité et la gestion du capital.
Le Luxembourg présente ici un avantage pratique rarement signalé. Le Commissariat aux Assurances centralise et publie sur son site les rapports SFCR des opérateurs actifs, à l'exception des captives de réassurance. Il n'est donc pas nécessaire de parcourir les sites institutionnels un par un, contrairement à la pratique dans plusieurs autres États membres.
Le calendrier de publication crée en revanche un décalage structurel qu'il faut intégrer. Les comptes sont arrêtés au 31 décembre, et les rapports SFCR paraissent entre avril et juillet de l'année suivante. Un souscripteur qui consulte un SFCR en juillet travaille donc, dans le meilleur des cas, avec des données vieilles de six mois, et de dix-huit mois s'il consulte le rapport de l'exercice précédent. Cette latence est précisément la raison pour laquelle la lecture en tendance prime sur le chiffre isolé : le niveau instantané n'est de toute façon jamais disponible.
Pourquoi les ratios luxembourgeois sont-ils structurellement plus bas qu'en France ?
La comparaison brute des niveaux de couverture entre les deux places produit un écart important, qui inquiète souvent à tort. Les chiffres ci-dessous sont issus des publications des deux superviseurs.
Trois lectures s'imposent sur ce tableau.
L'écart entre les deux places tient d'abord au mix d'activité. L'assurance vie luxembourgeoise en libre prestation de services est très majoritairement investie en unités de compte, où le risque de marché est porté par le souscripteur et non par l'assureur. Cette structure réduit simultanément le capital de solvabilité requis et les fonds propres mobilisés, ce qui comprime le ratio par rapport à un marché comme le marché français, où les engagements en euros pèsent lourd et appellent des coussins de capital plus importants. Un ratio luxembourgeois plus bas ne traduit donc pas une supervision moins exigeante.
La tendance est ensuite la même des deux côtés. Le marché vie luxembourgeois recule de 177,56 % fin 2022 à 163,59 % fin 2024, soit près de quatorze points en deux exercices. Le marché français vie et mixte passe de 229 % à 223 % sur le seul exercice 2024, et l'ensemble des organismes de 249 % à 238 %. Ce mouvement de repli concerne l'ensemble du secteur européen et s'explique par l'environnement de taux et de marché, pas par une dégradation propre à une place.
Le contraste interne au Luxembourg est enfin instructif. L'assurance non vie luxembourgeoise progresse de 183,65 % à 228,60 % sur la même période, à l'inverse de l'assurance vie. Comparer un assureur vie luxembourgeois à une moyenne de marché tous métiers confondus n'a donc aucun sens.
Comparer les niveaux de protection selon les catégories d'établissements
Les niveaux de protection offerts par les assureurs vie luxembourgeois et français ne se comparent pas sur le seul ratio de solvabilité. Le tableau suivant met en regard le cadre prudentiel, la séparation des actifs, le rang du souscripteur, le plafond de garantie et les mécanismes de blocage réglementaire des deux places.
La différence de fond entre les deux places tient à la mécanique de protection des actifs, pas au niveau moyen du ratio de solvabilité. Le blocage réglementaire illustre bien cette asymétrie : au Luxembourg, il vise à protéger les souscripteurs d'un assureur défaillant ; en France, le dispositif Sapin II vise à protéger la stabilité financière, y compris contre les souscripteurs eux-mêmes en cas de mouvement de retrait massif.
Un ratio SCR élevé signifie-t-il automatiquement un contrat plus sûr ?
Non, pas de façon mécanique : un ratio SCR élevé ne signifie pas automatiquement que le contrat est plus sûr. Un ratio très supérieur à la moyenne du marché peut refléter une politique de gestion prudente. Il peut aussi refléter une allocation d'actifs peu risquée qui pèse sur le rendement des supports, ou un recours étendu aux mesures transitoires. À l'inverse, un ratio proche de la moyenne sectorielle chez un assureur stable sur la durée n'est pas disqualifiant.
Le ratio reste par ailleurs un indicateur de la solidité de l'assureur, pas du risque porté par les supports choisis au sein du contrat. Un assureur parfaitement solvable au sens de Solvabilité II peut proposer des unités de compte exposées à un risque de marché, de change ou de liquidité qui reste entièrement à la charge du souscripteur. La solidité de l'assureur et le risque des supports se mesurent séparément, et aucune des deux analyses ne dispense de l'autre.
Ratio de la filiale ou ratio du groupe : lequel regarder ?
Une large part des entreprises d'assurance vie agréées au Luxembourg sont des filiales de groupes européens. Cette structure crée une ambiguïté fréquente dans la lecture des chiffres.
Le ratio qui engage juridiquement le souscripteur est celui de l'entité qui porte le contrat, c'est-à-dire la filiale luxembourgeoise agréée par le Commissariat aux Assurances. C'est cette entité qui figure sur les conditions générales et dont le SFCR doit être consulté. Le ratio consolidé du groupe, souvent plus flatteur et plus visible dans la communication financière, ne se substitue pas au ratio de la filiale.
Deux éléments méritent toutefois d'être vérifiés au niveau du groupe. L'existence ou non d'un engagement formel de soutien de la maison mère, qui peut figurer dans le SFCR de la filiale. Et la trajectoire du groupe lui-même, dont une dégradation durable finit par contraindre les capacités de recapitalisation de ses filiales. La lecture pertinente est donc à deux niveaux, avec une hiérarchie claire entre les deux.
La grille de lecture Avnear en quatre points
Avnear applique une grille constante à l'analyse des rapports SFCR des assureurs partenaires, reproduite à l'identique d'un dossier à l'autre pour permettre la comparaison.
Le premier point est le niveau du ratio à la date de clôture la plus récente publiée, rapporté à l'agrégat de marché du même segment et non à une moyenne tous métiers confondus.
Le deuxième point est la trajectoire sur les trois derniers exercices publiés. Un ratio stable ou croissant vaut davantage qu'un ratio ponctuellement élevé. Une baisse continue sur trois exercices appelle une explication documentée dans le rapport lui-même.
Le troisième point est la construction du ratio : effet des mesures transitoires et de l'ajustement pour volatilité, méthode de calcul retenue, répartition des fonds propres éligibles par niveau, et sensibilités publiées aux principaux chocs de marché.
Le quatrième point est la couverture des engagements par les actifs représentatifs éligibles et l'identité de la banque dépositaire retenue. C'est le point que la procédure de janvier 2025 a rendu incontournable, et c'est celui qui manque à presque toutes les analyses disponibles publiquement.
Ces quatre lectures s'ajoutent, sans s'y substituer, à l'examen de l'univers de supports proposé et des conditions contractuelles.
Scénario illustratif : lecture comparée avant un placement de 600 000 euros
Profil illustratif, non individualisé. Un dirigeant de 52 ans envisage de transférer 600 000 euros d'une assurance-vie française vers un contrat luxembourgeois, dans une logique de diversification patrimoniale et de préparation d'une expatriation à horizon cinq ans.
Deux assureurs partenaires sont envisagés, désignés A et B. Les valeurs ci-dessous sont construites à titre d'illustration méthodologique, sur des ordres de grandeur cohérents avec les données de marché publiées.
La lecture brute désignerait l'assureur A, dont le ratio dépasse celui de B de vingt-six points. La lecture complète inverse la conclusion. La trajectoire de A recule de vingt-sept points en deux exercices quand celle de B progresse de neuf points. Retraité des mesures transitoires et de l'ajustement pour volatilité, l'avantage de A disparaît et s'inverse de treize points. La qualité des fonds propres de B est nettement supérieure, et sa sensibilité à un choc actions est presque trois fois moindre.
Sur un capital de 600 000 euros destiné à rester en place au-delà d'un changement de résidence fiscale, l'écart de robustesse compte davantage que l'écart de niveau affiché à une date donnée. La conclusion de cette lecture ne se transpose évidemment pas d'un dossier à l'autre.
Cette double lecture, prudentielle et contractuelle, ne dispense pas d'un audit personnalisé intégrant la fiscalité de la résidence future, la structuration de la transmission et le choix des supports.
Ce que l'analyse prudentielle ne dit pas
Trois arbitrages restent hors du champ de cette analyse et se tranchent dossier par dossier.
Le premier concerne l'univers d'investissement. Aucune allocation en fonds euros n'est pertinente sur un contrat luxembourgeois : l'exposition indirecte à un fonds euros de droit français, via un mécanisme de réassurance, réintroduit un risque encadré par la loi Sapin II que le triangle de sécurité vise précisément à écarter. L'allocation se construit sur ETF, obligations, fonds datés, supports multidevises et, selon éligibilité, fonds internes dédiés ou fonds d'assurance spécialisés.
Le deuxième concerne le calendrier de déploiement du capital. Transférer 600 000 euros en une seule opération expose intégralement le capital au point d'entrée retenu, question distincte de celle de la solidité de l'assureur.
Le troisième concerne la mobilisation du contrat. Un crédit Lombard adossé au contrat, accessible via Avnear auprès d'établissements partenaires, modifie le profil de liquidité de l'ensemble et introduit une contrepartie supplémentaire à intégrer dans l'analyse. Cette dimension ne se lit dans aucun rapport SFCR.
Conclusion
Le ratio SCR, le triangle de sécurité et la couverture des engagements par actifs représentatifs éligibles répondent à trois questions différentes : la probabilité qu'un assureur fasse défaut, ce qui se passe pour le souscripteur si ce défaut survient, et la conformité continue de l'adossement actif par actif. La procédure de liquidation ouverte au Luxembourg en janvier 2025 a été déclenchée par le troisième de ces indicateurs, celui qui n'apparaît dans aucun argumentaire commercial.
Les données du marché vie luxembourgeois reculent par ailleurs pour la deuxième année consécutive, de 177,56 % fin 2022 à 163,59 % fin 2024. Ce mouvement n'a rien d'alarmant à l'échelle du secteur, mais il rend la lecture individuelle plus discriminante qu'elle ne l'était il y a trois ans : la dispersion entre assureurs compte davantage lorsque la moyenne baisse.
Les rapports SFCR de l'exercice 2025 sont publiés entre avril et juillet 2026. C'est la fenêtre pendant laquelle une trajectoire sur trois exercices devient lisible pour la première fois sur les données les plus récentes, et donc le moment où un arbitrage d'assureur se documente au mieux. Passé cet été, l'information disponible se fige jusqu'au printemps suivant.
Questions fréquentes
Résumé
- Le ratio SCR mesure le rapport entre les fonds propres éligibles d'un assureur et le capital réglementaire requis pour absorber un choc à 99,5 % de probabilité sur douze mois.
- Solvabilité II impose deux seuils distincts : le SCR, niveau cible assorti d'un plan de rétablissement sous six mois, et le MCR, plancher absolu compris entre 25 % et 45 % du SCR, dont le franchissement conduit au retrait d'agrément sous trois mois.
- Le taux de couverture agrégé du marché vie luxembourgeois s'établit à 163,59 % fin 2024, en recul depuis 177,56 % fin 2022, contre 223 % pour les organismes vie et mixtes français hors bancassureurs à la même date.
- Un troisième indicateur, la couverture des engagements par des actifs représentatifs éligibles, a déclenché une mise en liquidation prononcée au Luxembourg le 31 janvier 2025, sans franchissement préalable du ratio SCR.
- Mesures transitoires, ajustement pour volatilité, modèle interne et qualité des fonds propres modifient le ratio publié et interdisent toute comparaison brute entre deux assureurs.
- Le ratio à retenir est celui de la filiale luxembourgeoise qui porte le contrat, pas celui du groupe consolidé.
- Les rapports SFCR sont centralisés par le Commissariat aux Assurances et paraissent entre avril et juillet de l'année suivant la clôture.
À retenir
- Trois indicateurs, et non un seul, se vérifient avant toute souscription significative : ratio SCR, triangle de sécurité, couverture des engagements par actifs éligibles.
- Un ratio élevé n'est ni une garantie de performance ni une garantie d'absence de risque sur les supports choisis.
- La trajectoire sur trois exercices, retraitée des mesures transitoires, vaut davantage qu'un chiffre isolé à une date donnée.
- Aucun fonds euros n'a sa place dans l'allocation d'un contrat luxembourgeois, quel que soit le ratio de l'assureur retenu.
Sources et références réglementaires
- Commissariat aux Assurances, Annexes au rapport annuel 2024-2025, solvabilité des entreprises d'assurance et de réassurance luxembourgeoises, taux de couverture 2021 à 2024 (07/2025) : https://www.caa.lu/uploads/documents/files/rapport_annuel_2024-annexes.pdf
- Commissariat aux Assurances, Rapport annuel 2024-2025, procédure de dissolution et de mise en liquidation d'une entreprise d'assurance vie (07/2025) : https://www.caa.lu/uploads/documents/files/rapport_annuel_2024.pdf
- Commissariat aux Assurances, rapports sur la solvabilité et la situation financière (SFCR) des entreprises d'assurance vie luxembourgeoises (consulté 07/2026) : https://www.caa.lu/fr/informations
- ACPR, Analyses et Synthèses n° 173, la situation des assureurs soumis à Solvabilité II en France fin 2024 (2025) : https://acpr.banque-france.fr/fr/publications-et-statistiques/publications/ndeg-173-la-situation-des-assureurs-soumis-solvabilite-ii-en-france-fin-2024
- Directive 2009/138/CE du 25 novembre 2009 (Solvabilité II), articles 129, 138 et 139, EUR-Lex (consulté 07/2026) : https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX:32009L0138
- Règlement délégué (UE) 2015/35 du 10 octobre 2014, articles 290 et suivants, contenu du rapport SFCR, EUR-Lex (consulté 07/2026) : https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX:32015R0035
- Loi luxembourgeoise modifiée du 7 décembre 2015 sur le secteur des assurances, Legilux (consulté 07/2026) : https://legilux.public.lu
- Code des assurances, article L. 423-7, plafond d'indemnisation du Fonds de garantie des assurances de personnes, Légifrance (consulté 07/2026) : https://www.legifrance.gouv.fr
Clause de conformité
Les informations contenues dans ce guide sont fournies à titre informatif et pédagogique. Elles ne constituent en aucun cas un conseil juridique, fiscal ou financier individualisé. Malgré le soin apporté à leur exactitude et leur actualisation, Avnear ne saurait être tenu responsable des décisions prises sur la base de ce document. Toute opération patrimoniale doit faire l'objet d'une analyse personnalisée prenant en compte la situation spécifique du lecteur, sa résidence fiscale, ses objectifs et ses contraintes. Il est fortement recommandé de consulter un professionnel agréé (conseiller en gestion de patrimoine, avocat fiscaliste, notaire) avant toute souscription ou structuration patrimoniale.
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